LE PRINTEMPS DES ARTS DE MONTE-CARLO: UNE AVENTURE CULTURELLE DE 24 ANS.

Un festival est une aventure. On s'y lance souvent sans savoir où elle nous conduira.

Celle du Printemps des arts de Monte-Carlo a commencé en 1984, àl'instigation de la Princesse Grace et de Antoine Battaini, alorsDirecteur des Affaires Culturelles en Principauté, assisté par TiborKatona, ancien directeur de l’Orchestre de Monte-Carlo et conseillerartistique du festival naissant. Près d'un quart de siècle après,l’aventure continue, plus exaltante que jamais.

Quels furent les premiers solistes? Daniel Barenboïm, RuggieroRaimondi, Ileana Cotrubas . Le "Printemps des Arts" était né sous lesmeilleurs auspices.

Daniel Barenboïm revint en 1985. Et Tereza Berganza. En 86, voilà leDeller Consort, Maria-Joao Pires, Piero Capuccilli, le quatuorTalich... et Nathan Milstein. Le légendaire violoniste a 82 ans."Envisagez-vous de vous arrêter un jour, lui demandai-je? - Quand jeferai ma première fausse note, me répondit-il!"

En 1987, le Printemps applaudit Margaret Price, Alicia de Larrochamais se lance aussi, pour plusieurs années, dans une série d'opérasbaroques plus ou moins inédits . Ainsi découvre-t-on en 87 les"Chinoises" de Glück, sous la direction de René Jacobs, le "Peintreparisien" de Cimarosa en 88, "Alceste" de Glück en 89, "Flavio" deHaendel en 89, "Mithridate", en l'"année Mozart" 1991, "Montezuma" deVivaldi en 92, "Orfeo" de Fernando Bertoni en 93.

Année après année, les affiches du Printemps des Arts demeurentprestigieuses: Menuhin, Rampal, Marielle Nordmann, Renata Scotto,Montserrat Caballe, Nikita Magaloff, Lazar Berman, le Quatuor Julliard,Shirley Verret, Yo-Yo Ma, Rostropovitch, Murray Perahia, VladimirAshkenazy, Anne-Sophie Mutter, Radu Lupu. Suite de soirs étoilés!Comment oublier celui où Katia Ricciarelli, au sommet de la gloire,nous porta sur les ailes de son chant? Ou celui où Dietrich FisherDiskau, maître respecté entre tous, sembla recevoir une inspirationdivine?

Luciano Pavarotti se produisit lui aussi. C'était en 1993. Illogeait au Métropole tandis que... Michaël Jackson, venu pour unfestival de télévision, était à l'Hôtel de Paris. Je me souviens dujour où les fans de l'un et de l'autre rivalisaient de cris sous leursfenêtres - avec une puissance vocale qui était inversementproportionnelle à celle de leur idole!

Au Printemps des Arts, onassista au début de carrière de solistes comme Repin ou Vengerov ouencore Cecilia Bartoli. Soirs enchanteurs où la flamme de la jeunesseincendie tout sur son passage! Un jour de 1989 on eut droit aussi à labouleversante découverte du baryton Thomas Quasthoff, au corps meurtriet au talent inouï. Depuis, ce héros de la vie et de la scène, faitmerveille sur les grandes scènes.

J'oubliais Pogorelich! C''était en1999. Ce pianiste yougoslave à la fascinante personnalité, qui avaitfait démissionner Martha Argerich du jury du concours Chopin deVarsovie où il était candidat, était arrivé sur la scène de la salleGarnier dans une sorte d'état second. Dans son récital Chopin, toutavait été d'une tristesse absolue - à part la "Marche funèbre"!Le Printemps des Arts ne se contenta pas d’inviter des solistes.

Ilaccueillit aussi des orchestres: le Philharmonique de Los Angelesdirigé par André Previn en 1987, le Symphonique de Berlin dirigé parRiccardo Chailly en 88, la Philharmonie Tchèque dirigée par VaclavNeumann en 90, le Philharmonia de Londres dirigé par Lorin Maazel en1997. Onze ans après, la "Symphonie Jupiter" résonne encore dans nosmémoires.

Lorsque cessa la série des opéras baroques on eut droit à des créationsd'opéras contemporains. Contemporains? Enfin d'un modernisme bienclassique : "Dorian Gray" de Lowell Liebermann en 1996, d'aprèsl'oeuvre portant sur l'homosexualité, d'Oscar Wilde (L'... arrièrepetit-fils de l’écrivain était dans la salle), "Des saisons en enfer"de Marius Constant en 1999, "Cecilia" de Charles Chaynes en l'an 2000.

Certaines années, le théâtre trouva aussi sa place au « Printemps ». Etl’on applaudit Pierre Dux et Denise Gence dans les "Chaises" de Ionesco(1989), Geneviève Casile en 96, Laurent Terzieff en 97, le duo MichelBouquet-Claude Brasseur dans une poignante confrontation imaginaireentre le chef d'orchestre Fürtwangler et un officier de l’arméeaméricaine en 2001.

Vous souvenez-vous, aussi, des années où l'art descendit dans la rue ?Les arts plastiques, pas la musique. Des sculptures florissaient dansles jardins. Cela commença en 1989 à l'instigation de la galeristenew-yorkaise Marisa del Re. En 1999 la Principauté fut envahie par lessilhouettes rebondies des statues de Bottero - dont la seuleconcurrence humaine pouvait venir du ténor Pavarotti!

La directionartistique de Antoine Battaini s'acheva en 1992. Son successeur RainierRocchi, nouveau Directeur des Affaires Culturelles en Principauté,reprit les rênes du « Printemps », toujours avec l’appui artistique deTibor Katona. Un virage fut négocié vers le modernisme.

Le Philharmonique de Monte-Carlo monta en première ligne sous ladirection de Marek Janowski en donnant, deux années de suite, demémorables concerts Messiaen ; il accompagna aussi la projection dufilm "Napoléon" d'Abel Gance, dans le récent Grimaldi Forum.

En 1996, le jazz fit son apparition dans le festival, avec le duoMartial Solal – Didier Lockwood, suivi chaque année d’autres concertsjusqu’en 2006.A l'occasion d'un concert des Percussions de Strasbourg, en 2002, dansla Salle du Canton, l’avenir du nouveau « Printemps des Arts » allaitêtre scellé. Au nombre des compositeurs qui figuraient ce jour-là auprogramme se trouvait un certain Marc Monnet. D’une rencontre entrecelui-ci et Rainier Rocchi allait jaillir l’idée d’un festivalrenouvelé.

Les choses s’officialisèrent en 2003. Marc Monnet débordad’imagination. Il alla à la recherche d’un nouveau public, notammentparmi les jeunes ; il fit en sorte que ce public suive la manifestationd’un bout à l'autre, guidé par des "fils rouges" ; il abolit lesfrontières entre les répertoires et les époques de la musique ; ils’évertua à étonner et surprendre ses auditoires tout au long de lamanifestation. Le public hésita, s’étonna, puis s’enthousiasma.

En2003, l’ouverture du Printemps se fit avec des musiciens de… chasse àcourre sur la place du Palais ; en 2004 avec une fanfare de rue ; en2006 avec des sonneurs de carillons (« C’est le Prince qui se marie ?», me demanda un enfant en entendant les cloches sonner).

Le Printemps a pénétré dans des lieux inédits: musée océanographique,Sporting d'été et d'hiver, Cabaret du Casino. Il s'est même invité chezles gens – et l’on découvrit les "concerts à domicile". On a aussi eudroit aux « journées surprise ». Le concept était simple : on ne savaitni ce qu’on allait entendre ni comment on se rendrait sur les lieux deconcert ! En 2004 ce fut en bus, entre Nice et Menton, en 2005 en...train à vapeur jusqu’à Cannes! Et en 2008 ? Mystère !

L’important dansl’affaire est que ces souvenirs anecdotiques sont accompagnés par degrands souvenirs musicaux. Si l’on devait en citer un ce serait lavenue, historique, de Pierre Boulez dirigeant l'ensembleIntercontemporain au Monte-Carlo Sporting Club en 2006 .

Aussi loin quel’on remonte dans notre mémoire, on se souvient d’une série de momentsheureux. Il en fut ainsi au long des vingt-quatre ans d’existence duPrintemps des Arts. Des vingt-quatre ans sauf un : l’an 2005 où lefestival fut arrêté lors de la mort du Prince Rainier III.

Le Printemps, la Principauté, le monde, pleurèrent leur « Princebâtisseur ».LL.AA.SS. le Prince Albert et la Princesse Caroline continuent àdéfendre après lui la vitalité culturelle de la Principauté.

Et c’est ainsi que se poursuit l’exaltante aventure du « Printemps desArts ».

André PEYREGNE

Printemps des Arts de Monte-Carlo - Edition 2011

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